Entretien avec Marie Daunay, Présidente du CLDH

Quand le centre libanais des droits Humains est-il né et dans quels buts ?
Le CLDH (Centre Libanais des Droits Humains) est la structure libanaise officielle qui reprend au Liban les activités locales du Mouvement franco-libanais SOLIDA (Soutien aux Libanais Détenus Arbitrairement) basé en France. SOLIDA est une organisation de défense des droits de l’Homme membre du Réseau Euro Méditerranéen des Droits de l’Homme (REMDH) qui depuis 1996 est active dans la lutte contre la détention arbitraire, les disparitions forcées et l’impunité des auteurs de violations graves des droits de l’Homme.

Le CLDH a été créé à Beyrouth en octobre 2006 par l’équipe de SOLIDA assistée de défenseurs des droits de l’Homme locaux. Le CLDH veut  lutter contre les disparitions forcées de citoyens libanais (et des personnes résidant habituellement au Liban), contre les détentions arbitraires et l’impunité des auteurs de violations graves des droits de l’Homme. Il vise aussi à renforcer les capacités d’action de la société civile libanaise et réhabiliter les victimes de la torture.

A-t-il été difficile de faire enregistrer cette association et si oui pourquoi ?
L’association a été enregistrée auprès du bureau des associations du Ministère de l’Intérieur libanais en octobre 2006. Les autorités ont deux mois pour examiner la demande d’enregistrement des associations, après quoi l’enregistrement est considéré comme définitif et un numéro d’enregistrement doit être émis. Le CLDH n’a pas encore, plus d’un an après le dépôt de la demande, reçu le numéro d’enregistrement définitif. Cela a pour conséquence que l’organisation ne peut ouvrir de compte bancaire ou faire de demandes de subvention auprès de certains organismes.

Avez-vous été victime de pressions ?
Le CLDH a subi des pressions très importantes de la part des services de sécurité et de renseignements suite à la publication – sous le nom de SOLIDA – du rapport 2006 sur la torture au Liban. Cambriolage du bureau, interrogatoires répétés, filatures, intrusion au domicile des membres de l’association... se sont déroulés fin 2006 en représailles de la publication de ce rapport. Par la suite les pressions ont pris la forme d’interrogatoires physiques ou téléphoniques portant notamment sur l’enregistrement de l’association, sur sa légitimité, sur l’indépendance politique de ses membres. Une nouvelle intrusion nocturne dans nos locaux a eu lieu en octobre 2007.

Est-ce qu’il est toujours difficile de créer une nouvelle association au Liban ou est ce que cela dépend de la nature de l’association ?
Cela dépend de la nature de l’association. Les organisations de défense des droits de l’Homme ont clairement des limites à leur champ d’action imposées par l’Etat. Généralement, les organisations qui s’enregistrent aujourd’hui au Liban sont soit des organisations qui agissaient auparavant sans numéro d’enregistrement à cause de l’impossibilité de s’enregistrer du temps de l’occupation syrienne, soit des organisations internationales de défense des droits de l’Homme. Globalement, on peut donc dire que lorsqu’une organisation de défense des droits de l’Homme s’enregistre aujourd’hui, ses activités et son mode de fonctionnement son déjà connus des autorités. Si cette organisation brise des tabous, comme c’est le cas du CLDH, elle aura des problèmes pour s’enregistrer. Celles qui parviennent tout de même à le faire doivent utiliser un ‘piston’, c’est à dire un responsable politique ou sécuritaire à qui l’organisation sera en quelque sorte redevable d’avoir eu le droit d’exister légalement... Est-ce une forme d’allégeance dangereuse à certains responsables ? Ce responsable ‘sponsor’ a-t-il un droit de regard (voire de censure) sur les activités de l’association ? Il est encore trop tôt pour le dire, cette pratique n’ayant que deux ans d’âge...

Y a-t-il des restrictions à vos activités ?
Nous n’avons pas vraiment de restriction dans nos activités, notamment parce que le CLDH est un partenaire local pour plusieurs organisations internationales ce qui permet à la fois une diffusion rapide et efficace des informations au niveau international, et une réaction internationale immédiate lorsque nous subissons des pressions. Cette appartenance à un réseau d’organisations entre lesquelles règne une grande confiance a deux effets : le premier est de restreindre les capacités de nuisance des autorités à l’égard de l’association; Le second d’encourager considérablement nos membres à poursuivre leur action sans aucune autolimitation, forts de cette solidarité et de cette vigilance internationale concernant leur situation.

Que faudrait-il changer selon vous pour améliorer la situation ?
Il faut poursuivre une pression et une vigilance constantes au niveau international.

Marie Daunay est présidente du CLDH
Entretien réalisé le 15/11/2007