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Entretien avec l'auteur: Ghossun Rahhal
Comment décririez-vous la situation de la liberté d’association en Jordanie ?
En dépit de la stabilité politique en Jordanie et d’un système judiciaire fort, où les droits pour fonder et rejoindre une association sont garantis, la situation de la liberté d’association n’est pas encourageante –en particulier à cause de la politique « anti-terroriste » actuelle. De plus, les restrictions administratives et les limitations législatives rendent presque impossible le rôle effectif des associations civiles.
Quel est le principal point positif de la situation actuelle ?
Le principal point positif est le fait que la Jordanie ait ratifié les conventions et les traités des droits de l’homme. Cela pourrait constituer un bon départ dans l’optique de défendre les principes de la liberté d’association, ainsi que pour faire du lobbying sur le gouvernement de façon à ce qu’il respecte ses engagements internationaux et qu’il les intègre à la législation nationale.
Le principal point négatif ?
Le principal point négatif est, peut-être, la « mentalité sécuritaire » qui s’exprime dans les rapports avec les associations de la société civile en général, et celles des droits de l’homme en particulier.
Quels sont les principaux obstacles à l’utilisation de la liberté d’association en Jordanie ?
Parmi les obstacles, je pense aux restrictions d’ordre administratif ou sécuritaire qui sont imposées, directement ou indirectement, sur le travail des associations professionnelles et des partis politiques. Les dispositions juridiques qui ne sont pas conformes aux normes internationales représentent un autre obstacle, comme par exemple l’utilisation de moyens illégaux – y compris des incarcérations – contre des membres des associations civiles ou des partis politiques, le fait que le Ministre soit autorisé à dissoudre toute association, ou encore la nécessité d’obtenir une approbation préalable du Ministre et de l’Administrateur pour fonder toute association.
Quelle est votre opinion personnelle sur l’avenir de la liberté d’association en Jordanie ?
Pour être honnête, je ne suis pas optimiste sur l’avenir de la liberté d’association en Jordanie. Le gouvernement envisage de valider une nouvelle loi sur les associations dans laquelle des restrictions supplémentaires seront imposées sur la société civile, et davantage d’autorisations du Ministre seront requises… sans compter les nouvelles législations concernant la lutte contre le terrorisme, qui restreignent évidemment de plus en plus l’espace de liberté des associations. Il faut bien se rappeler que la société civile ne peut pas compter sur le parlement pour arrêter de nouvelles législations à cause de sa structure même, basée sur le principe « un homme, un vote », ainsi que de ses faibles performances. Dans ces conditions, je pense que la liberté d’association en Jordanie va être confrontée à de nombreuses difficultés à l’avenir, sauf si la société civile, dans sa totalité, parvient à s’organiser elle-même et faire front à toutes ces pressions afin de faire changer les choses.
Ghossun Rahhal est
Entretien réalisé en novembre 2007



