Entretien avec l'auteur: Marie Ghantous

Comment peut-on décrire, en quelques phrases, l’exercice de la liberté d’association au Liban?
L’exercice de la liberté d’association est comme beaucoup d’autres choses au Liban, tiraillée entre deux forces contradictoires. Ce qui la pousse vers l’avant, même si ce n’est pas l’avis de certains, c’est le multi confessionnalisme et la volonté des organisations de la Société Civile de conserver les avancées dans ce domaine. Ce qui la tire vers l’arrière, c’est la tentation des autorités de revenir à des pratiques qui sont encore en usage dans les autres pays de la région.Nous avons vécu ce genre de tentatives de retour en arrière durant la guerre entre 1975 et 1990 mais même durant cette période, les défenseurs des droits de l’Homme, avec l’aide considérable de la justice, ont réussi à préserver les acquis.

Quel est votre sentiment personnel sur l’avenir de cette liberté ?
Il faut insister sur l’éducation des citoyens libanais pour parvenir à un exercice serein de la liberté d’association… j’entends encore trop souvent des avocats ou des juristes utiliser le mot « autorisation » en ce qui concerne la création d’associations. Il faut éduquer pour ancrer solidement la notion de liberté d’association dans les mentalités et éviter un retour en arrière.
Il faudrait également que le gouvernement assume ses responsabilités et dissolve les associations illégales… De même, la création d’un ministère des sports, de la jeunesse et des activités associatives permettrait aux associations de ne plus être affiliées au ministère de l’intérieur.

Marie Ghantous est avocate , professeur de droit et présidente de l'ADLL ( Association pour la défense des droits et libertés)
Entretien réalisé en octobre 2007