| REMDH - Accueil > THÈMES > Liberté d'association > Libass egypte temoin |
|
Entretien avec Tarek Khater, Association d’assistance juridique pour les droits humains
Avez-vous subi des pressions, que ce soit vous ou vos collègues de l’association ? De quelle sorte ?
Nous avons certes été exposés à de nombreux types de pressions. Par exemple, des membres des forces de l’ordre nous ont contacté et ont mis à l’étude nos activités, en particulier celles qui s’attachent aux questions de tortures. Finalement, en 2006, nous avons été sommés d’abandonner un cas de torture : un officier de police qui a été accusé d’avoir torturé à mort un citoyen nommé Mohammed Abdel Kader. La famille de la victime, sa femme et ses enfants, ont subi d’importantes pressions ainsi que des mesures de coercition pour qu’ils abandonnent leur demande de compensation à la cour. Cependant, malgré toutes les pressions, l’avocat de l’AHRLA a obtenu que le procès reprenne, en considération du fait que la famille a abandonné ses droits sous la pression…
En raison de leurs services rendus et de leur engagement auprès des victimes des violations des droits de l’homme, toutes les associations de défense des droits de l’homme sérieuses en Égypte ont continuellement été exposées à des pressions.
Est-ce que toutes les associations de la société civile sont soumises à de telles pressions, ou seulement celles qui défendent des droits de l’homme ?
Toutes les associations des droits de l’homme ne subissent pas de telles pressions. Seulement celles qui sont sérieuses et qui travaillent durement pour aider les citoyens à faire valoir leurs droits lorsqu’ils ont été violés par des responsables officiels.
Il existe 22 000 institutions, civiles ou non, enregistrées en Égypte : 50 sont des associations de défense des droits de l’homme (ce qui représente un très petit nombre), seulement 7 ou 8 d’entre elles subissent de lourdes pressions.
Selon votre impression, la liberté d’association en Égypte s’améliore-t-elle ou bien se dégrade-t-elle ?
Le droit de s’organiser et de fonder une association est un des principes fondamentaux des droits de l’homme. Si nous disions que la situation des droits de l’homme se dégradait en Égypte, nous répondrions totalement à cette question. De fait, la liberté d’association est en très mauvaise posture. L’État, le gouvernement et le ministre en charge des associations, ont préparé une loi qui pourrait être appliquée dans les prochains mois. Ce projet de loi, qui régule la liberté du travail des associations civiles, est pire que la loi actuelle. Elle comprend de nombreuses restrictions et elle limite à la fois la zone géographique d’action et le nombre des activités de certaines associations. Si une association, par exemple, désire mettre en œuvre une certaine activité, alors que cette activité a déjà été autorisée à une autre association dans la même zone géographique, alors l’association se voit refuser son initiative. Nous pensons qu’avec cette loi, les choses seront encore pires que maintenant.
Votre association a été fermée par les autorités, comment pensez-vous mener à bien votre travail et vos activités en dépit de cela ?
En fait, nous avons déjà pris une décision. Notre association et ses membres ont été sévèrement harcelés par les autorités pendant des années. À la fois l’administration et le gouvernement n’ont pas très souvent accepté les résultats de nos élections internes visant à déterminer la composition de notre conseil d’administration. Ainsi, nous savions que le gouvernement égyptien fermerait tôt ou tard notre association. Cependant, nous ne nous attendions pas à ce que cela survienne maintenant.
Nous avons donné à notre association le titre d’“assistance juridique nationale pour les droits humains”. C’est un cabinet juridique qui est enregistré au barreau égyptien. Nous terminerons la procédure d’enregistrement après l’Eid .
Interview réalisée en décembre 2007


