Entretien avec l'auteur: Salem A. Salem al-Hasi

Comment peut-on décrire, en quelques phrases, l’exercice de la liberté d’association en Libye ?
En Libye, il n’y a pas de société civile opérationnelle ni d’associations indépendantes pouvant exprimer des points de vue opposés à ceux du « Guide de la Révolution ». La liberté d’association en Libye est sévèrement restreinte aux institutions et aux unions affiliées au gouvernement. La loi libyenne interdit la formation et les activités de groupes dont l’idéologie politique ne correspond pas aux principes de la « Révolution de 1969 ».  Les violations à cette loi peuvent conduire à la peine de mort.

Quel est le principal point positif dans la situation actuelle de la liberté d’association ?
Le principal point positif dans la situation actuelle est la volonté d’ouvrir le pays aux organisations internationales des droits de l’homme et ce, grâce aux pressions internationales visant à améliorer l’état des droits de l’homme en Libye. Le régime libyen a autorisé des organisations internationales des droits de l’homme telles qu’AmnestyInternational (AI) et Human Rights Watch (HRW) à visiter la Libye ; elles ont pu y constater par elles-mêmes la mauvaise situation des droits de l’homme, y compris ce qui concerne les violations aux normes internationales de la liberté d’association.

Le principal point négatif?
Le principal point négatif en Libye, au regard de la liberté d’association en particulier, et des droits de l’homme en général, est la réponse donnée par le régime aux appels internationaux à l’amélioration de la situation des droits de l’homme dans le pays. Au lieu de prendre de véritables mesures afin d’empêcher les entorses aux droits de l’homme, le régime libyen a créé une société civile « factice », qui n’est rien de plus qu’une marionnette du gouvernement, afin d’apaiser les observateurs internationaux. La création d’ONG en liens étroits avec le gouvernement a eu pour but de faire diminuer la pression internationale, ainsi que de répondre à la demande locale croissante d’améliorer l’état des droits de l’homme.

Quels sont les obstacles à l’exercice serein de la liberté d’association en Libye ?
Le principal obstacle est l’absence d’une constitution permanente qui soit approuvée par un vote libre du peuple libyen. Les autres obstacles sont les lois, les règlements et les procédures judiciaires qui interdissent la création d’associations ou de groupes basés sur une idéologie politique contraire aux principes de la « Révolution al-Fatih ».

Quel est votre sentiment personnel sur l’avenir de cette liberté en Libye ?
Je crois que tant qu’il n’y aura pas de volonté véritable pour transformer la Libye en un état constitutionnel qui garantisse les droits de ses citoyens, le pays restera sans liberté d’association. Je crois que, compte tenu du flou de la structure politique actuelle, et en présence d’innombrables lois et règlements conçus uniquement pour protéger les dirigeants du pays, le peuple libyen ne jouira pas de son droit à la liberté d’association.

 
Salem A. Salem al-Hasi est enseignant et militant des droits de l’Homme
Entretien réalisé en décembre 2007.